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Diabète : La prévention pour sauver la vue

Dr Lazaros Konstantinidis

Publication : l’étude CoDiab-VD montre que les personnes souffrant de diabètes sont informées sur les risques qui affectent leur vision, pourtant 30% ne fait  pas l’examen annuel préconisé

Le diabète n’est pas uniquement un problème d’insuline et de taux de sucre dans le sang. La vue des diabétiques est à surveiller de près, car ces personnes sont susceptibles de développer une rétinopathie ou encore une cataracte plus tôt que la population standard. L’équipe du Dr Lazaros Konstandinis, responsable de la consultation d’ophtalmodiabétologie – en partenariat avec l’Institut de médecine sociale et préventive de Lausanne – a mené une étude pour savoir si les diabétiques étaient correctement informés des problèmes de vue auxquels ils peuvent être confrontés et s’ils se pliaient au contrôle ophtalmique annuel. L’étude CoDiab-VD a été publiée dans BMC Endocrine Disorders.

Comment vous est venue l’idée de mener l’étude CoDiab-VD ?

Nous avions constaté que plusieurs de nos patients ne faisaient pas le contrôle ophtalmique annuel recommandé pour détecter à temps une rétinopathie ou d’autres problèmes oculaires liés au diabète. Nous voulions comprendre pourquoi. Nous avons donc soumis un peu plus de 300 patients à un questionnaire pour connaître les raisons.

Qu’avez-vous découvert ?

Plus de 90% des patients interrogés sont au courant des problèmes de vue qui peuvent les affecter en raison de leur diabète. En revanche, seuls 70% des personnes qui ont pris part à l’étude se rendent une fois par année chez leur ophtalmologue.

Comment expliquez-vous cela ?

Un tiers des personnes qui ne font pas leur contrôle annuel pensent, à tort, que surveiller leur glycémie, bien maîtriser leur diabète sont des mesures suffisantes pour éviter les problèmes de vue. Malheureusement, un diabète parfaitement bien équilibré peut quand même aboutir à une rétinopathie. Si elle n’est pas traitée à temps, elle peut causer la cécité du patient.

Qu’est-ce que la rétinopathie et pourquoi affecte-t-elle particulièrement les diabétiques ?

C’est une atteinte des vaisseaux de la rétine qui finit par l’endommager.

 L’excès de sucre dans le sang fragilise la paroi des capillaires, entraînant une perte d’étanchéité. Il s’ensuit la rupture puis l’éclatement des vaisseaux rétiniens.

Les vaisseaux deviennent davantage perméable et ils peuvent créer un œdème à la macula qui se situe au milieu de la rétine. Cela entraîne une baisse de l’acuité visuelle. L’œdème maculaire diabétique représente la principale cause de malvoyance au cours de la rétinopathie diabétique.

A des stades avancés de rétinopathie, la rétine produit de nouveaux vaisseaux anormaux et fragiles qui peuvent entrainer des saignements dans l’œil. En outre, une fibrose peut apparaître et cela peut entraîner une traction de la rétine avec risque de décollement de celle-ci. Sans traitement, elle peut aboutir à une perte définitive de la vision. Ces manifestations nécessitent une intervention chirurgicale.

Pourquoi le contrôle ophtalmique annuel est si important ?

L’étude a montré que quelques patients ne se rendent pas à ce contrôle, car ils ne présentent aucun symptôme. Ils voient correctement et se pensent à l’abri. Or, la rétinopathie n’altère la vision que lorsqu’elle est déjà à un stade avancé. Il est donc primordial de la prendre en charge le plus tôt possible et cela ne peut se faire qu’en effectuant des contrôles réguliers chez un ophtalmologue.

Parmi les patients qui ont répondu au questionnaire, avez-vous remarqué une différence d’attitude en fonction du type de diabète dont ils souffrent ?

Oui, en effet. Les résultats montrent que 95,5% des patients avec un diabète de type 1 ont effectué un contrôle des yeux durant les deux dernières années alors que ce pourcentage chute à 85,5% pour les type 2. Cela s’explique aisément : les patients avec un type 1 vivent avec la maladie depuis de nombreuses années et sont certainement mieux informés des risques.

La prévention est-elle suffisante ?

En partie, mais il est primordial de la renforcer. 30% des patients interrogés disent qu’ils n’ont pas été mis au courant par leur généraliste ou leur diabétologue des problèmes de vue auxquels ils peuvent être exposés. Nous avons donc mis sur pied différentes séances d’information pour nos patients diabétiques et nous continuons à insister sur l’importance du contrôle ophtalmique auprès des médecins de premier recours lors de séminaires.

Quels sont les autres problèmes de vue auxquels sont davantage exposés les diabétiques ?

La cataracte touche ces patients à un âge plus précoce que la population normale. CoDiab-VD a révélé que 35,8% des participants en souffrent. Cela corrobore ce que d’autres publications ont déjà prouvé : les diabétiques ont deux à cinq fois plus de risque de développer une cataracte que les autres. Notre étude a aussi montré qu’un patient sur dix présente un  glaucome, mais le lien entre cette affection oculaire et le diabète reste controversé. Quoi qu’il en soit, le contrôle ophtalmique annuel est indispensable pour les diabétiques et il permet d’éviter la cécité. Par ailleurs, un pourcentage de patients qui présentent des signes de rétinopathie doit être suivi beaucoup plus souvent.

Détectée à temps, la rétinopathie se soigne

Contrôler correctement son diabète, sa tension artérielle et son taux de lipides dans le sang est un bon moyen d’éviter des problèmes de vue liés au diabète, mais malheureusement cela ne suffit pas. Lors d’un contrôle, l’ophtalmologue s’assure du bon état de la rétine et des vaisseaux qui l’irrigue. En cas d’œdème, il peut procéder à des injections dans l’œil avec des médicaments spécifiques. D’autres manifestations de la rétinopathie diabétique se traitent également par laser ou par chirurgie.

Dr Konstantinidis effectue environ 3000 consultations de patients diabétiques chaque année et il se charge de plusieurs interventions au laser et injections intraoculaires ainsi que des nombreuses interventions chirurgicales. Et le nombre des patients qui sont pris en charge à sa consultation augmente chaque année.

Esther Rich

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