2'

William Haldimand

Un autre point de vue

L’homme qui se livre ici au portraitiste est déjà malade. Sans doute, le sourire un peu crispé préfigure-t-il la paralysie qui finira par l’immobiliser tout à fait. Mais sous ce front qui laisse une large place à l’intelligence s’ouvre un regard à la fois avisé et généreux… Et le banquier qu’il fut s’efface pour laisser la place au philanthrope qu’il est.   

Un jeune homme qui ne manque pas de ressources

« … les oisifs, les riches, ne sont qu’une infime minorité dans ce monde et pourtant cette minorité semble se figurer que le monde a été fait pour elle; il est vrai que trop souvent les apparences lui ont donné raison. Mais il faut se placer à un autre point de vue. » Ce ne sont pas les simples mots d’un quelconque révolutionnaire, mais bien l’engagement d’un homme d’argent qui mettra concrètement sa fortune au service de toute une collectivité.

Né à Londres en 1784, d’une famille originaire d’Yverdon, William va très vite faire preuve de son sens aigu des affaires. Il se distingue d’abord en tant qu’apprenti dans la banque créée par son père, puis, à 25 ans seulement, en siégeant au Conseil de la Banque d’Angleterre. Sa réussite le conduira à la Chambre des Communes quelques années plus tard. Mais ses idées, ne font de loin pas l’unanimité au sein d’une haute bourgeoisie à laquelle son statut comme son mariage lui ont permis d’accéder. Déçu par le peu de soutien que daignent lui apporter ses pairs et atteint dans sa santé, il se retire, à 43 ans, dans la propriété du Denautou qu’il a acquise quelques années auparavant à Lausanne. 

Lausanne, 7 novembre 1842

« On l’accuse parfois de jeter son argent par les fenêtres ; c’est peut-être quelquefois vrai, mais s’il lui arrive de le faire, il sait choisir Ia fenêtre… » Ces propos, à la fois plein de malice et de tendresse, décrivant le philanthrope Haldimand, auraient pu être ceux du pasteur Espérandieu. Il connaît bien William dont le soutien a permis l’édification du Temple de la Croix-d’Ouchy. Et c’est encore vers lui qu’il se tourne pour aider le docteur Recordon à réaliser son rêve de dispensaire.

Ce matin du 7 novembre, alors que les flocons dansent avec insouciance dans le parc, trois mondes que parfois tout oppose se retrouvent et s’accordent: celui de l’argent, de la foi et de la science. Avec enthousiasme Recordon expose son projet. William, comme à son habitude, écoute les yeux mi-clos. Il évalue les possibles, jauge son interlocuteur, soupèse le rêve avec soin, analyse les contours de l’établissement qui déjà prend forme… Espérandieu observe et espère.              

Une vision de grande envergure…  

C’est décidé, Haldimand non seulement soutient le projet mais il veut aller plus loin encore. Aider un modeste dispensaire à survivre ne suffit pas… Mais lui donner bien plus d’envergure, créer un véritable hôpital, nourrir une vision, oui!… et cet engagement, il s’y tiendra jusqu’à sa mort en 1862: en tout, il fera don de plus d’un million de francs – une somme colossale pour l’époque – pour que cet hôpital prenne vie et puisse grandir plus encore.     

« C’est fini? Il faut que je bouge avant que la vie ne me réduise au rang de statue… J’ai encore un projet de buanderie et de bains, une fontaine, des routes et des travaux d’irrigation à soutenir… » s’excuse Haldimand avant de sortir du cadre pour entrer dans l’histoire.

Nicolas Peter

Dernière modification: