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Henri Hirzel

La vision d’un homme de foi

Henri Hirzel respire l’intelligence bienveillante. Et si longtemps il a hésité entre le tablier d’instituteur et la tunique d’un ministre de l’église, aujourd’hui, il a fait son choix: c’est au service des enfants aveugles et non de Dieu qu’il consacrera sa vie. Une chance pour l’Asile des aveugles en devenir…

Lausanne, 2 mars 1843

Le choix n’est pas aisé et les candidats au poste de directeur sont nombreux. Si les compétences du jeune instituteur sont reconnues, on peine à évaluer ses capacités de gestionnaire. Son éloquence naturelle et son intelligence manifeste, ainsi que le soutien du pasteur Alexandre Vinet, vont finalement convaincre le comité de lui confier la direction du futur Asile des aveugles. Un choix qu’aucun n’aura à regretter; durant plus de quarante ans, Henri Hirzel se consacrera corps et âme au développement de l’institution.  

La construction de l’hôpital n’étant pas achevée, on l’envoie parfaire sa formation dans diverses institutions similaires à Zurich comme dans plusieurs capitales européennes. C’est donc riche d’expériences et d’observations qu’il pourra prendre ses fonctions en 1844 et mettre en pratique les idées que ces stages lui ont inspiré. Plus tard encore, il ira compléter ses connaissances aux États-Unis. Hirzel a autant soif d’apprendre que d’enseigner.

L’enseignant passionné

« C’est quelque chose de simple, de pratique, qui exige peu de théorie, mais beaucoup de soins; peu de préceptes, mais beaucoup d’amour. » Et cette bienveillance qu’il exprime oriente son enseignement de la géographie, des sciences naturelles, du calcul ou de la lecture (essentiellement consacrée aux textes religieux) qu’il prodigue avec passion à ses protégés. Il les guide sur les chemins de la connaissance et ouvre leurs yeux d’aveugles à de nouveaux horizons.

Le pédagogue ingénieux  

Hirzel est aussi un créatif ingénieux qui fourmille d’idées. Il réalise des cartes en relief, des outils pour enseigner la géométrie, une mappemonde et un planétaire pour rendre accessible un peu de notre univers à l’enfant non-voyant. Il met au point une presse lui permettant de reproduire des textes que la main peut lire, avant d’introduire le braille au sein de l’institution. Rien n’entame sa volonté d’apporter un peu de cette lumière à tous ceux qui en sont privés. 

Le directeur entreprenant  

Soucieux d’ouvrir les enfants au monde, Hirzel l’est tout autant lorsqu’il s’agit de leur devenir. Car ces jeunes auxquels il apporte des connaissances doivent aussi pouvoir subvenir à leur besoins, se consacrer à une activité professionnelle qui leur donne les moyens de vivre. Le pédagogue se mue alors en chef d’entreprise et ouvre des ateliers dont la production pourra être vendue. Tourneurs sur bois, vanniers, confectionneurs de brosses ou accordeurs de piano, beaucoup lui doivent d’échapper à un total dénuement. Ainsi, cet homme éclairé aura su non seulement gérer avec compétence un établissement qui ne cesse de grandir, mais aussi être un moteur et un guide qui mérite de n’être pas oublié.

Hirzel nous fait face et se tait. Il sait déjà qu’il fait partie d’un monde passé auquel il a tout donné et dont nous parviennent encore quelques bribes. Il regarde au-delà de nous et, sans un mot, sort du cadre pour entrer dans l’histoire…   

Nicolas Peter

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